Airbnb à La Rochelle

Qui gagne réellement de l’argent avec Airbnb à La Rochelle ? Des chercheurs de La Rochelle Université et de Nantes Université ont croisé les revenus réellement générés par 606 maisons proposées sur Airbnb avec les revenus fiscaux des ménages qui les occupent. Leur étude, datée de mai 2026 et fondée sur les locations réalisées en 2022, révèle un double phénomène : les ménages aux revenus élevés utilisent davantage la plateforme et concentrent une part plus importante des recettes, mais Airbnb peut peser beaucoup plus lourd dans le budget de certains ménages modestes.

Airbnb à La Rochelle : une étude fondée sur les transactions réelles

Sylvain Dejean et Calum Robertson, de La Rochelle Université, et Raphaël Suire, de Nantes Université, ont cherché à répondre à une question encore peu documentée : comment les revenus générés par les locations de courte durée se répartissent-ils selon le niveau de revenus des ménages ?

Pour y parvenir, les chercheurs ont croisé trois sources de données administratives : les données de taxe de séjour transmises par Airbnb à la Ville de La Rochelle, les données cadastrales et les données fiscales des ménages accessibles via le Centre d’accès sécurisé aux données (CASD).

Les données de taxe de séjour permettent de reconstituer les recettes annuelles générées par chaque logement à partir de transactions réellement effectuées sur Airbnb. Elles renseignent notamment le prix payé, le nombre de nuits, le nombre de voyageurs et l’adresse du logement.

Les chercheurs ont ainsi rapproché les recettes Airbnb des revenus disponibles des ménages concernés. Leur étude porte sur l’année 2022 et couvre La Rochelle, Aytré, Angoulins et Châtelaillon-Plage.

606 maisons étudiées autour de La Rochelle

La méthode présente toutefois une limite importante. Les chercheurs ne peuvent pas identifier précisément les appartements à l’intérieur des immeubles collectifs. Ils ont donc concentré leur analyse sur les maisons.

L’échantillon final comprend 606 maisons proposées sur Airbnb, soit environ les deux tiers des maisons présentes sur le marché de la location de courte durée dans le périmètre étudié. Pour analyser la probabilité de proposer un logement sur Airbnb, les chercheurs les comparent également à 20 754 maisons sans activité Airbnb.

Le taux d’appariement entre les différentes données atteint environ 66 %. Les chercheurs précisent que les logements qu’ils n’ont pas pu rapprocher des autres bases ne présentent pas de différence significative avec l’échantillon retenu en matière d’activité Airbnb observable.

Les ménages aux revenus élevés utilisent davantage Airbnb

Premier enseignement : les ménages qui proposent leur maison sur Airbnb disposent en moyenne de revenus plus élevés que les autres. Leur revenu disponible annuel moyen atteint 52 015 euros, contre 47 129 euros pour les ménages qui n’utilisent pas la plateforme.

Leurs maisons sont également plus grandes : 110,7 m² en moyenne, contre 99,3 m² pour celles des non-utilisateurs.

Les auteurs invitent cependant à ne pas exagérer cette différence. Les distributions de revenus des deux groupes se chevauchent largement et Airbnb compte des propriétaires dans une grande partie de l’échelle des revenus. Les ménages les plus aisés apparaissent simplement davantage dans le haut de la distribution.

L’analyse statistique va néanmoins plus loin. Même après avoir pris en compte certaines caractéristiques du logement, notamment sa superficie et sa distance au centre-ville, les ménages aux revenus les plus élevés ont davantage de chances de proposer leur logement sur Airbnb que les ménages aux revenus plus modestes.

Locations Airbnb à La Rochelle : les ménages aisés ne louent pas davantage de nuits

Une fois le logement proposé sur Airbnb, la situation devient plus nuancée. Les chercheurs ne constatent pas de relation claire entre le niveau de revenus du ménage et le nombre de nuits louées dans l’année.

Autrement dit, les ménages les plus aisés ne tirent pas davantage de revenus d’Airbnb parce qu’ils loueraient systématiquement leur maison plus souvent. L’étude ne trouve pas de différence statistiquement forte du nombre de nuits louées selon les déciles de revenus.

Le prix de la nuit fait en revanche apparaître une différence beaucoup plus nette.

Jusqu’à 48 euros d’écart par nuit entre les deux extrêmes

Les prix augmentent avec le niveau de revenus des ménages. Après prise en compte de la sélection des propriétaires et des caractéristiques observables des logements, les chercheurs constatent encore un écart important.

Les maisons des ménages aux revenus les plus modestes affichent ainsi un prix moyen par nuit inférieur d’environ 48 euros à celui des maisons détenues par les ménages aux revenus les plus élevés.

Les auteurs associent notamment les revenus plus importants des ménages aisés aux caractéristiques des biens immobiliers qu’ils peuvent valoriser sur le marché de la location de courte durée. La taille et la localisation jouent un rôle, mais elles n’expliquent pas entièrement les différences de prix observées.

D’autres caractéristiques que l’étude ne mesure pas directement, comme la qualité du logement, ses équipements ou certains comportements des hôtes, peuvent également intervenir. Les chercheurs insistent donc sur un point : leur analyse met en évidence des associations statistiques et ne permet pas d’établir des liens de causalité.

Un revenu Airbnb médian de 3 623 euros par an à La rochelle

Dans les 606 maisons étudiées, une nuit coûte en moyenne 114 euros et chaque séjour accueille 3,2 voyageurs en moyenne.

Les recettes brutes annuelles Airbnb atteignent en moyenne 4 886 euros par logement. La médiane se situe toutefois à 3 623 euros : la moitié des ménages perçoit donc moins que cette somme et l’autre moitié davantage.

La différence entre moyenne et médiane traduit une répartition très inégale des recettes. Une petite proportion de logements génère des sommes nettement supérieures aux autres. Moins de 5 % des ménages de l’échantillon dépassent 20 000 euros de recettes Airbnb annuelles.

Ces montants correspondent à des recettes brutes et non au bénéfice réellement conservé par les propriétaires. L’étude ne dispose pas des coûts liés notamment au ménage, aux frais de plateforme, à l’entretien ou au temps consacré à la location. Les chercheurs ne peuvent donc pas mesurer la rentabilité nette de cette activité.

Airbnb peut représenter 30 % des revenus des ménages les plus modestes

Le résultat change lorsque les chercheurs ne regardent plus le montant des recettes Airbnb, mais leur poids dans le budget du ménage.

Pour les ménages aux revenus les plus modestes qui utilisent Airbnb, les recettes tirées de la plateforme représentent environ 30 % de leur revenu disponible en valeur médiane. Cette part diminue fortement à mesure que les revenus augmentent et devient marginale pour les ménages les plus aisés.

Airbnb présente donc un double visage. Les ménages aux revenus élevés participent davantage à la plateforme et concentrent davantage les recettes en valeur absolue. Mais les sommes gagnées peuvent représenter une ressource proportionnellement beaucoup plus importante pour certains ménages aux faibles revenus.

Les chercheurs avancent plusieurs explications possibles, sans pouvoir les vérifier avec leurs données. Le faible revenu initial des ménages du premier décile augmente mécaniquement le poids relatif des recettes Airbnb. Certains propriétaires peuvent aussi disposer d’un patrimoine immobilier important malgré de faibles revenus courants. Les auteurs citent notamment le cas de retraités ayant remboursé leur logement ou de ménages confrontés à une baisse temporaire de leurs revenus.

Des résultats à ne pas généraliser à toutes les locations Airbnb

Les auteurs soulignent plusieurs limites. Leur étude concerne uniquement Airbnb, alors que d’autres plateformes de location de courte durée peuvent attirer des profils différents.

Elle porte également sur 2022 et sur quatre communes littorales marquées par une forte saisonnalité touristique. Les chercheurs estiment que les mécanismes peuvent différer dans les grandes métropoles, où les locations de courte durée reposent davantage sur des professionnels, des propriétaires de plusieurs logements ou des biens transformés durablement en hébergements touristiques.

Enfin, l’échantillon comprend uniquement des maisons. Les résultats ne décrivent donc pas l’ensemble du marché Airbnb de La Rochelle et de son agglomération, notamment les appartements.

Les chercheurs plaident pour une régulation adaptée aux différents propriétaires

Pour les auteurs, leurs résultats invitent à distinguer les différents usages de la location de courte durée. Une réglementation identique peut produire des effets différents sur un particulier qui loue ponctuellement sa résidence principale et sur un propriétaire professionnel ou détenteur de plusieurs logements.

Dans le contexte qu’ils étudient, où les locations concernent principalement des résidences principales proposées ponctuellement, les chercheurs soulignent qu’une réglementation trop restrictive pourrait toucher des ménages pour lesquels Airbnb constitue une ressource complémentaire importante. Ils considèrent qu’une régulation plus forte peut davantage se justifier pour les propriétaires professionnels ou ceux qui exploitent plusieurs biens.

L’étude ouvre également le débat fiscal. Les auteurs estiment que le poids important des recettes Airbnb dans le revenu disponible de certains ménages modestes, alors qu’il reste relativement faible pour les ménages les plus aisés, constitue un argument en faveur d’une fiscalité fortement progressive sur ces revenus.


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Airbnb révèle surtout les inégalités liées au patrimoine immobilier

Les chercheurs aboutissent finalement à un constat plus complexe qu’une simple opposition entre propriétaires riches et modestes.

Les ménages aux revenus élevés accèdent plus fréquemment aux revenus générés par Airbnb. Lorsqu’ils utilisent la plateforme, ils ne louent cependant pas nécessairement leur logement davantage de nuits. Ils bénéficient surtout de prix plus élevés, liés en partie aux caractéristiques et à la localisation de leur patrimoine immobilier.

Airbnb ne créerait donc pas à lui seul ces inégalités. Selon l’interprétation proposée par les chercheurs, la plateforme permet surtout de transformer plus facilement en revenus des avantages immobiliers qui existaient déjà. Dans le même temps, elle peut fournir un complément financier important à certains propriétaires disposant de faibles revenus.

Cette double réalité constitue le principal enseignement de l’étude : Airbnb peut à la fois renforcer la concentration des revenus issus du patrimoine immobilier et jouer le rôle de ressource financière ponctuelle pour certains ménages modestes.

En bref : ce qu’il faut retenir de l’étude sur les locations Airbnb à La Rochelle

Qui utilise le plus Airbnb dans l’étude ? Les ménages aux revenus élevés présentent une probabilité plus importante de proposer leur logement sur Airbnb, même après la prise en compte de certaines caractéristiques de leur maison.

Les ménages aisés louent-ils leur maison plus souvent ? Non. L’étude ne met pas en évidence de relation claire entre le niveau de revenus et le nombre de nuits louées. La différence apparaît surtout dans les prix pratiqués.

Combien rapporte Airbnb ? Les 606 maisons étudiées génèrent en moyenne 4 886 euros de recettes brutes annuelles. La médiane atteint 3 623 euros et moins de 5 % des ménages dépassent 20 000 euros.

Quelle importance Airbnb peut-il avoir pour les ménages modestes ?Pour les utilisateurs aux revenus les plus faibles, les recettes Airbnb représentent environ 30 % de leur revenu disponible en valeur médiane.

 

Source : Sylvain Dejean, Calum Robertson et Raphaël Suire, Airbnb and Returns to Housing Capital: Evidence on Inequality from Administrative Data – mai 2026

Crédit photo d’illustration : Pablo – Pexels

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